Le secteur de la tomate de saison en Tunisie est confronté à une crise qui s’aggrave au cours de la saison actuelle de récolte et de transformation, en raison de la concomitance de vagues de chaleur record et de coupures d’électricité répétées, auxquelles s’ajoutent des différends persistants entre les producteurs et les usines de transformation concernant les prix et la qualité de la récolte.
La saison de la récolte et de la transformation des tomates a débuté le 30 juin 2026 dans plusieurs unités de transformation, alors que les agriculteurs craignaient de voir se reproduire les difficultés rencontrées au cours des saisons précédentes.
L’un des principaux problèmes réside dans la hausse des coûts de production, alors que le prix de référence est resté inchangé pour la quatrième saison consécutive à 270 millimes le kilogramme, ce qui accentue les pressions financières sur les producteurs et réduit leur marge bénéficiaire.
Les agriculteurs se plaignent également de la lenteur de la réception de la récolte dans les usines, en raison de l’existence de stocks de concentré de tomates suffisants pour couvrir une part importante des besoins du marché local, ainsi que du fait que certains fournisseurs ne mettent pas à disposition les moyens de transport nécessaires pour acheminer la production.
Ces difficultés ont contribué à la baisse des superficies cultivées au cours de la saison actuelle. Les superficies consacrées aux tomates de saison dans le gouvernorat de Nabeul ont atteint environ 4 500 hectares, avec une production prévue de près de 247 000 tonnes.
Au niveau national, les superficies cultivées sont estimées à environ 15 000 hectares, tandis que la production devrait atteindre environ 800 000 tonnes, soit une baisse estimée à environ 200 000 tonnes par rapport à la saison dernière.
Les vagues de chaleur, qui ont coïncidé avec le début de la récolte, ont aggravé la situation, car elles ont eu un impact négatif sur le rendement et la qualité de la récolte, d’autant plus que les tomates sont restées longtemps dans les camions à des températures élevées.
La crise s’est aggravée en raison des coupures de courant répétées, qui ont entraîné l’arrêt complet de plusieurs usines de transformation, tandis que d’autres ont continué à fonctionner à une capacité de production limitée et à un rythme ralenti.
L’arrêt des unités de production a entraîné une accumulation de camions chargés de tomates devant les usines pendant plusieurs jours, au lieu de quelques heures seulement, ce qui a entraîné une baisse de la qualité de la récolte et accru le risque de détérioration et de pourriture.
Dans de nombreux cas, les usines de transformation ont refusé de réceptionner la récolte, invoquant une baisse de sa qualité ou leur incapacité à faire fonctionner normalement leurs chaînes de production en raison de perturbations dans l’approvisionnement en électricité.
Les agriculteurs estiment que certaines usines profitent de l’existence de stocks suffisants de concentré de tomates pour faire pression en vue de faire baisser les prix d’achat, en invoquant la baisse de qualité de la récolte due à la chaleur et à la longueur des délais d’attente.
Cette situation a placé les producteurs face à un double défi : d’une part, la hausse des températures et les coupures d’électricité, et d’autre part, les demandes des usines de transformation visant à réduire les prix, ce qui risque de leur faire subir des pertes importantes.
La gravité de la crise est d’autant plus grande qu’un grand nombre d’agriculteurs comptent sur les recettes de la récolte pour rembourser leurs dettes et honorer leurs engagements financiers liés à l’achat de semences, d’engrais, de carburant et de main-d’œuvre.
Les producteurs ont lancé des appels urgents au ministère de l’Agriculture, des Ressources en eau et de la Pêche, ainsi qu’aux autorités régionales et locales, leur demandant d’intervenir pour sauver la récolte avant qu’elle ne soit entièrement perdue.
Ils ont également appelé à une coordination avec la Société tunisienne de l’électricité et du gaz afin de garantir un approvisionnement stable en énergie des usines de transformation, ce qui permettrait d’assurer la continuité de la production et la réception des récoltes sans retard.
Les observateurs avertissent que la persistance de la crise pourrait pousser davantage d’agriculteurs à abandonner la culture des tomates de saison au cours des prochaines campagnes, ce qui pourrait avoir des répercussions sur la production nationale et accroître la dépendance du marché vis-à-vis des importations.
