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La Tunisie et l’Inde ont pour objectif de porter le volume de leurs échanges commerciaux à un milliard de dollars, alors qu’il s’établissait jusqu’à présent à environ 500 millions de dollars. Il s’agit d’un objectif que l’ambassadrice de l’Inde en Tunisie, Devyani Utam Khubragad, comme réalisable si le partenariat s’étend à de nouveaux secteurs.
La diplomate a déclaré, lors d’une interview accordée à la radio « Express FM », que le niveau actuel des échanges commerciaux restait inférieur au potentiel offert par les économies des deux pays.
Le phosphate reste au cœur des échanges entre les deux parties. L’ambassadrice précise en effet qu’environ la moitié des exportations tunisiennes de cette matière sont destinées au marché indien, soulignant le rôle joué par la société tuniso-indienne d’engrais « Tifert » dans ce partenariat. Quant aux exportations indiennes vers la Tunisie, elles comprennent principalement des véhicules, des équipements et des composants électriques, ainsi que des produits et services liés au secteur maritime.
L’ambassadrice estime que le développement des relations bilatérales ne doit plus se limiter à ces secteurs traditionnels, citant le tourisme, la santé et le bien-être, ainsi que les technologies de l’information et l’intelligence artificielle comme des domaines susceptibles d’insuffler une nouvelle dynamique.
Santé et ayurvéda
La santé et le bien-être comptent parmi les axes prioritaires de la diplomatie indienne. Selon elle, l’Inde possède une expertise importante en ayurvéda et dans les activités de bien-être, tandis que la Tunisie a acquis un savoir-faire reconnu en matière de thalassothérapie et de tourisme médical, une complémentarité susceptible d’ouvrir la voie à de nouvelles offres et d’attirer davantage de touristes indiens.
La question revêt d’autant plus d’importance que près de 32 millions d’Indiens ont voyagé à l’étranger l’année dernière, alors que la Tunisie reste largement absente de leurs destinations, une situation que l’ambassadrice considère comme une opportunité à saisir. Elle estime que la combinaison des compétences indiennes en ayurvéda et de l’expertise tunisienne en thalassothérapie et en tourisme médical pourrait également déboucher sur de nouveaux investissements et attirer des visiteurs en provenance de l’Inde et d’autres marchés.
L’Ayurveda, c’est-à-dire la « connaissance de la vie », constitue un secteur économique prometteur selon l’ambassadrice ; cette pratique traditionnelle indienne repose sur l’équilibre entre l’homme, son corps et son environnement, à travers l’alimentation, le mode de vie et l’activité physique.
L’Inde coopère actuellement avec 25 pays dans le cadre de protocoles d’accord portant notamment sur l’intégration de l’Ayurveda dans les systèmes de santé et sur la recherche commune. L’ambassadrice a souligné l’existence d’un centre de recherche commun à l’Organisation mondiale de la santé et au ministère indien « Ayush », dédié à la classification des interventions sanitaires liées à l’Ayurveda. La valeur de ce secteur est estimée à environ 29 milliards de dollars, et elle y voit des opportunités pour les entreprises tunisiennes, notamment les start-ups et les structures actives dans le domaine des produits de santé et de bien-être.
Dans ce contexte, des rencontres entre entreprises ont été organisées, réunissant des entreprises tunisiennes actives dans le domaine des produits de bien-être et des institutions indiennes spécialisées, dans le but d’échanger des expériences et d’accéder à des connaissances et à des financements.
La Tunisie, une passerelle vers l’Afrique et l’Europe
L’ambassadrice estime que le développement des relations commerciales entre l’Inde et l’Union européenne pourrait profiter à la Tunisie, car cela permettrait d’attirer des entreprises indiennes souhaitant produire en Tunisie pour accéder ensuite aux marchés africains et européens, Elle a évoqué dans ce contexte le potentiel d’investissement de grandes entreprises indiennes actives dans l’ayurvéda et d’autres secteurs.
Pour stimuler cette dynamique, un cadre commun réunissant les milieux d’affaires tunisiens et indiens a été lancé en août dernier, grâce à un partenariat entre la Fédération indienne de l’industrie et le réseau « Connect » en Tunisie. L’ambassadrice souligne que le secteur privé est appelé à jouer un rôle central, car les gouvernements ne peuvent à eux seuls assumer l’intégralité de la coopération économique.
Ce cadre vise à rapprocher les entreprises des deux pays dans les secteurs prioritaires, à identifier les opportunités de coopération, à développer des projets communs et à accroître les échanges commerciaux et les investissements.
Visas et coopération technique
La question des visas figure parmi les obstacles qui entravent ces relations. L’ambassadrice a en effet déploré que les Indiens souhaitant se rendre en Tunisie soient contraints de se rendre à New Delhi pour déposer leur demande, appelant à la mise en place d’un visa électronique et proposant même d’exempter les touristes indiens de l’obligation de visa. Elle estime que la simplification des conditions d’entrée en Tunisie permettrait de développer le flux touristique et de renforcer les échanges humains, les investissements et les relations d’affaires. La Tunisie délivre actuellement environ 2 500 visas aux ressortissants indiens, un chiffre que l’ambassadrice souhaite augmenter de manière significative.
La coopération ne se limite pas au commerce et à l’investissement ; l’Inde met en avant son programme de coopération technique et économique « ITEC », lancé en 1964, dont ont bénéficié plus d’un millier de Tunisiens, qu’il s’agisse de fonctionnaires, de responsables ou de professionnels des secteurs public et privé. Les bourses couvrent les frais de voyage, de séjour et de formation, et permettent aux bénéficiaires de découvrir l’expérience indienne et d’échanger avec les institutions du pays. Les priorités en matière de formation sont définies en coordination avec la partie tunisienne et portent notamment sur l’intelligence artificielle, la gouvernance et les nanotechnologies, avec la programmation de 100 nouvelles bourses pour la Tunisie au cours de l’année en cours.
Dans le domaine des technologies de l’information, l’Inde collabore avec le pôle technologique de Ghazala sur un projet visant à créer un centre dédié à la formation et au développement des compétences dans ce secteur. Des experts du programme « ITEC » pourraient être sollicités pour accompagner ce projet, et le recours à des experts indiens en Tunisie est également à l’étude. Ce centre pourrait acquérir une dimension régionale en accueillant des responsables et des professionnels d’autres pays africains, selon l’ambassadrice.
Les trois priorités pour la prochaine étape
L’ambassadrice indienne a défini trois priorités pour approfondir le partenariat avec la Tunisie dans les années à venir : augmenter les exportations de « Tifert » vers l’Inde, développer l’accueil des touristes indiens en Tunisie et élargir la coopération dans les domaines des technologies de l’information et de l’intelligence artificielle, notamment entre les start-ups des deux pays dans les secteurs des technologies de l’information, de la fintech et de l’intelligence artificielle.
