La Tunisie est confrontée à des pressions croissantes sur son réseau électrique pendant les périodes de forte chaleur, la demande en énergie dépassant désormais les capacités de production et d’approvisionnement disponibles, ce qui oblige la Société tunisienne d’électricité et de gaz à recourir à des coupures tournantes afin de protéger le réseau d’un effondrement total.
Atef Bouabdallah, membre de l’Union générale de l’électricité et du gaz rattachée à l’Union générale tunisienne du travail, que la coupure d’électricité dans certaines zones est une mesure de dernier recours adoptée lorsque le réseau atteint ses limites maximales et n’est plus en mesure de répondre à l’intégralité de la demande.
La capacité de production actuelle de la Société tunisienne d’électricité et de gaz s’élève à environ 4 500 mégawatts, selon le responsable syndical, tandis que les accords d’échange d’énergie avec les pays voisins, notamment l’Algérie, fournissent un apport supplémentaire compris entre 600 et 700 mégawatts pendant les périodes de pointe.
La capacité maximale disponible s’élève ainsi à près de 5 200 mégawatts, alors que la consommation au cours de l’été 2026 a dépassé la barre des 6 000 mégawatts, ce qui laisse apparaître un déficit manifeste entre l’offre et la demande.
Les climatiseurs consomment la moitié de la capacité disponible
La généralisation des climatiseurs a contribué à accroître la pression sur le réseau : la Tunisie compte en effet entre 2,7 et 2,8 millions de climatiseurs, dont la consommation cumulée pendant les heures de pointe atteint environ 3 000 mégawatts.
Ce chiffre représente près de la moitié de la capacité électrique disponible du pays, ce qui explique la forte hausse de la consommation lorsque les températures atteignent des niveaux records et que les citoyens font fonctionner leurs climatiseurs simultanément.
Les risques de coupures ne se limitent pas aux heures de la journée, car la pression peut se maintenir la nuit malgré la fermeture des administrations et d’une partie des activités économiques, en raison d’une demande domestique qui reste élevée et du fonctionnement prolongé des climatiseurs.
La Société tunisienne d’électricité et de gaz définit, pendant la saison estivale, deux périodes de pointe principales, qui s’étendent le matin de 8 h 30 à 13 h 30 et le soir de 19 h 00 à 22 h 00.
Retards dans les projets d’énergie solaire
Les syndicalistes attribuent également la persistance de la crise au retard pris par les investissements visant à accroître les capacités de production, notamment dans le domaine des énergies renouvelables.
Atef Bouabdallah a évoqué une décision prise par le Conseil des ministres en 2016, prévoyant que la Société tunisienne d’électricité et de gaz réalise des projets visant à produire 300 mégawatts d’énergie solaire, mais qui n’a toujours pas été mise en œuvre à ce jour.
Il a insisté sur le fait que le développement des énergies renouvelables ne doit pas se limiter aux grands investisseurs, appelant à la mise en place de mécanismes de financement permettant aux jeunes, à la classe moyenne et aux habitants des différentes régions de participer aux projets solaires.
Selon ce diagnostic, la Tunisie doit renforcer rapidement ses capacités en énergies traditionnelles et renouvelables, tout en améliorant l’efficacité de la consommation et en diversifiant ses sources d’approvisionnement.
Jusqu’à ce que de nouvelles installations entrent en production, les coupures de courant périodiques resteront un moyen d’urgence pour soulager la pression sur le réseau et éviter une panne généralisée qui pourrait toucher l’ensemble du pays.
