Le secteur tunisien de la pêche se prépare à deux événements européens proches l’un de l’autre qui pourraient déterminer en partie l’avenir de ses exportations : Rome accueillera en effet la réunion de la Commission générale des pêches pour la Méditerranée du 26 au 30 octobre, avant qu’une mission de l’Union européenne n’arrive en Tunisie le 16 novembre pour contrôler les conditions sanitaires et vétérinaires du secteur.
Ces rendez-vous interviennent alors que l’Italie absorbe 34 % des exportations tunisiennes de produits de la pêche, contre 12 % pour l’Espagne. Les exportations tunisiennes ont atteint, au cours des sept premiers mois de l’année 2026, environ 18 400 tonnes pour une valeur de 422,3 millions de dinars, selon les données de l’Observatoire national de l’agriculture.
La crevette rouge au cœur de la réunion de Rome
La question de la crevette rouge géante (Aristaeomorpha foliacea) figure en tête de l’ordre du jour de la réunion, sa pêche dans le canal de Sicile étant soumise à un régime international de gestion des stocks sous l’égide de la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM).
Le quota de la Tunisie pour l’année 2026 a été fixé à 36 000 kilogrammes, après que la recommandation CGPM/48/2025/9 une période transitoire d’un an dans le cadre du plan pluriannuel de gestion du stock, et a prévu une réduction de 3 % des limites maximales de pêche, mesure qui a ensuite été intégrée dans le cadre réglementaire européen.
Cependant, le dossier s’est transformé en conflit commercial au cours de l’année. Selon le ministère italien de l’Agriculture, le quota tunisien a été entièrement épuisé le 15 mai, puis le total des certificats de pêche validés par les autorités tunisiennes et enregistrés sur la plateforme européenne CATCH s’élevait à environ 50 960 kilogrammes, soit plus de 41,5 % au-dessus du plafond fixé.
Dans une note adressée aux acteurs du secteur, le ministère italien a appelé à la prudence concernant les expéditions liées à des quantités dépassant le quota international, et a fait état d’un suivi conjoint avec les services de la Commission européenne sur la plateforme CATCH.
La question ne se limite plus aux quantités pêchées, mais s’étend désormais au suivi des prises et à la validité des certificats, documents qui déterminent l’accès des produits au marché européen. Du côté tunisien, des contacts ont été noués avec Rome, Bruxelles et la Commission générale des pêches ; le ministère tunisien de l’Agriculture a également mis en place une cellule de crise et demandé une révision du quota sur la base des données nationales de production.
La 49e session de la commission, prévue du 26 au 30 octobre à Rome, devrait marquer une nouvelle étape dans ce dossier, avec des réunions scientifiques attendues en novembre concernant les données relatives aux stocks de langoustines en Méditerranée.
Sousse et El-Hergla se préparent à accueillir la mission européenne
Outre la question des quotas, un deuxième enjeu d’une nature différente se pose, lié à la sécurité sanitaire dans le secteur destiné à l’exportation : une délégation de l’Union européenne est attendue en Tunisie le 16 novembre.
En vue de cette mission, les contrôles et les travaux ont été renforcés dans les ports de pêche de Sousse et d’Hergla, notamment en matière d’hygiène, de marchés de gros et d’équipements.
À Sousse, les travaux portent notamment sur le carrelage des sols, l’évacuation des eaux usées, les chambres froides et l’installation dédiée à la production de glace alimentaire. Quant à El-Hergla, le marché a repris ses activités, dans l’attente de l’achèvement des procédures d’agrément vétérinaire, selon l’agence ANSA.
Ces deux dossiers restent de nature différente : celui de la crevette rouge concerne les quotas de pêche, l’exploitation durable des stocks et le suivi des captures, tandis que la mission de novembre porte sur les conditions sanitaires et vétérinaires de la filière de la pêche. Le défi est toutefois le même pour la Tunisie : préserver l’accès au marché européen, vital pour un secteur qui a généré plus de 422 millions de dinars d’exportations au cours des sept premiers mois de l’année.
